Nos aventures d’investissement dans les marchés émergents

Voici mon équipe : Allan Lam

Cet article est aussi disponible en : Anglais, Chinois simplifié, Néerlandais, Allemand, Espagnol, Polonais

Lorsque votre périmètre d’activité couvre des centaines de pays sur tous les continents et dans tous les fuseaux horaires, il ne faut pas sous-estimer l’importance du travail d’équipe. J’ai la grande chance de bénéficier du soutien des quelque 90 professionnels du Templeton Emerging Markets Group, dont 52 analystes et gérants de portefeuille, répartis dans 18 marchés et parlant 17 langues différentes. Je ne pourrais pas faire ce que je fais sans eux !

Allan Lam est l’un des pionniers du Templeton Emerging Markets Group. C’est le premier analyste à être venu travailler avec moi en 1987, quand l’univers émergent ne comptait que quelques pays. Basé à Hong Kong, il est aujourd’hui co-gérant de plusieurs portefeuilles d’investissements sur les marchés émergents. En recherche, il est spécialisé dans l’immobilier et le secteur pétrolier et gazier. J’ai pensé que vous deviez faire connaissance avec ce membre clé de l’équipe : voici donc un entretien que j’ai eu avec lui.

Allan Lam
Allan Lam

 

Allan Lam
Senior Executive Vice President  
Senior Managing Director      
Directeur de la Stratégie globale Emerging Markets 
Templeton Emerging Markets Group  

 Mark Mobius : Vous êtes diplômé de l’université de Rutgers dans le New Jersey. Comment êtes-vous arrivé là-bas et quelles expériences avez-vous rapporté avec vous en Asie ?

Allan Lam : Je suis né et j’ai grandi à Hong Kong, donc j’ai la chance d’avoir été élevé dans un carrefour entre l’Orient et l’Occident. Hong Kong est aujourd’hui l’une des plus importantes places financières et commerciales au monde, mais aussi un port industriel et un pôle majeur dans la production manufacturière, alors qu’il y a peu, ce n’était qu’une île peuplée de villages de pêcheurs. Quand j’ai fini mes études secondaires, j’ai voulu améliorer ma connaissance du monde. J’ai donc demandé mon admission à l’Université de Rutgers dans le New Jersey (à la base, c’était le Queen’s College, fondé en 1766). C’est l’une des écoles les plus anciennes et les plus distinguées aux États-Unis, où j’ai fait des études de comptabilité et de gestion d’entreprise. Pendant ces années, j’ai appris quelque chose d’important donc je me souviens encore aujourd’hui : efforts + dévouement + régularité = succès. À l’époque j’enchaînais les stages et les temps partiels, et j’ai été Président de l’Association des étudiants chinois, tout en validant jusqu’à 24 modules chaque semestre. Et pourtant ça ne m’a pas empêché d’avoir toujours eu des mentions et des félicitations. Je pense qu’avec du temps et des efforts, on parvient toujours à un bon résultat. J’ai voulu rapporter avec moi cette expérience de l’étranger, et en particulier cette nouvelle éthique du travail pour l’appliquer ensuite à Hong Kong, qui forme une véritable passerelle mondiale vers la Chine.

Mark Mobius : Bravo ! Vous avez étudié la comptabilité, mais aussi l’informatique. Dans quelle mesure cette expérience a-t-elle été bénéfique pour vous, par le passé et maintenant en tant que gérant de portefeuille ?

Allan Lam : La comptabilité et l’informatique sont tous deux des aspects qui font partie intégrante de l’investissement et qui comptent beaucoup dans ma carrière. La patience, la compréhension des normes et des pistes comptables, les notes de bas de page détaillées sont aussi des éléments très importants. Les analystes qui veulent accomplir un travail approfondi et minutieux obtiendront une meilleure vision de l’entreprise et du secteur sous-jacent. Cela est facilité par les progrès technologiques et par le partage d’informations importantes grâce auxquelles nous prenons des décisions d’investissement, puis nous les transposons de manière efficace. Quand notre équipe Marchés émergents a démarré à partir de presque rien, j’ai écrit notre premier programme de base de données sous dBase II, ce qui nous a fait quitter un simple tableur pour arriver à une base vraiment relationnelle. Ainsi nous avions une trace utile des transactions des portefeuilles, un calcul des coûts moyens pondérés de chaque position, et la valeur liquidative. Au fil des ans nous avons bâti une excellente équipe informatique, qui a pu développer des programmes sur mesure pour assister les processus de recherche et de gestion de fonds. Ce sont des progrès que nous n’aurions même pas pu imaginer quelques années avant.

Mark Mobius : Pour quelle raison avez-vous choisi de faire carrière dans la gestion d’actifs et pourquoi les marchés émergents en particulier ?

Allan Lam : La gestion d’actifs m’a toujours attiré. J’aime beaucoup voyager et je n’ai jamais regretté mon choix de carrière. Toutefois c’est un métier qui demande beaucoup de travail ! Dans les années 80 et 90, je me souviens que pour aller en Amérique latine il fallait trois liaisons aériennes et plus de 40 heures de vol et d’attente entre les avions. C’était exigeant, il fallait par exemple travailler à des heures indues : je me souviens d’avoir attendu des informations de recherche ou d’avoir envoyé des ordres d’achat ou de vente à 4h00 ou 5h00 du matin depuis le fax d’un hôtel pour ne pas rater la fin de la séance dans un autre fuseau horaire. Cela demande aussi du courage et un dévouement total lorsque nous devons batailler pour défendre les droits des actionnaires dans les entreprises qui ont de mauvaises pratiques. Au début, les entreprises des marchés émergents n’étaient pas toujours favorables aux investisseurs étrangers, surtout aux sociétés américaines de gestion d’actifs. Une fois, en Turquie, j’ai même dû quitter des locaux d’une aciérie avec une arme pointée sur moi parce que le syndicat ouvrier s’opposait farouchement à la privatisation et à l’achat de parts par des gestionnaires d’actifs étrangers.

Mark Mobius : Oui, je me souviens de ça. Vous étiez arrivé à l’usine avant moi, et j’étais content de ne pas avoir été à votre place ! Il y avait visiblement beaucoup d’obstacles à surmonter à nos débuts, mais quel est le plus gros qu’ait dû affronter notre groupe selon vous ?

Allan Lam : Au tout début, quand l’équipe était beaucoup plus petite, nous pouvions prendre des décisions plus vite. Maintenant nous avons 52 analystes sur 18 marchés émergents différents, avec des environnements culturels variés et qui couvrent nettement plus de titres, obtenant ainsi une vision exceptionnelle des sociétés, des secteurs et des pays. L’équipe compte de nombreux talents qui contribuent tous à l’excellence de nos idées d’investissement, obtiennent des performances robustes et aident à promouvoir notre réputation mondiale. Elle compte aussi des personnes qui sont plus jeunes et moins expérimentées, qui doivent être aidées et guidées. Notre objectif est toujours de faire en sorte que des leaders se distinguent pour extraire le meilleur de nos ressources d’investissement à travers le monde et générer des performances à long terme.

Mark Mobius : Quelles sont actuellement les opportunités les plus intéressantes pour vous en tant qu’investisseur sur les marchés émergents ?

Allan Lam : Les marchés émergents restent fascinants et hauts en couleur. Ces adjectifs ont bien sûr une connotation positive, mais je voudrais faire écho à l’une des déclarations du regretté Sir John Templeton en 1994, qui à mon avis est encore pleine de bon sens aujourd’hui : « Les 50 prochaines années sont porteuses d’espoirs et de promesses de gloire ; c’est peut-être un nouvel âge d’or en termes d’opportunités. » La productivité mondiale a augmenté si vite que le niveau de vie moyen ne cesse de s’améliorer (alphabétisation, longévité et revenu disponible moyen des ménages). Aujourd’hui la classe moyenne est plus vaste que jamais et ses niveaux de vie progressent, car le revenu disponible et l’épargne suffisent pour combler plus que des besoins essentiels. Dans beaucoup de pays, notamment émergents, les particuliers ont accès à des produits d’investissement reconnus et solides (ou en train de le devenir). Chez Templeton, nous ne faisons pas qu’investir dans des entreprises des marchés émergents : nous sommes aussi au service d’un nombre croissants de clients provenant de ces mêmes pays, avec qui nous entretenons un dialogue permanent.

D’un point de vue développement, je suis ravi d’appartenir à une équipe qui élabore et lance de nouveaux produits, et je suis certain de l’efficacité de notre approche bottom up axée sur les titres sous-évalués pour la sélection des valeurs.

Mark Mobius : En recherche, vous couvrez les secteurs de l’immobilier et du pétrole et du gaz. Comment avez-vous acquis votre expertise et pouvez-vous partager quelques réflexions sur l’investissement dans ces secteurs aujourd’hui ?

Allan Lam : Cela fait presque 30 ans que je couvre ces secteurs ! Je pense qu’ils ne sont globalement pas trop difficiles à analyser. Les réserves de terrain ou de pétrole/gaz d’une entreprise offrent une base concrète de revenus, de bénéfices et de flux de trésorerie, qui procure une plus grande visibilité que d’autres. Le secteur pétrolier et gazier est plus particulièrement affecté par la géopolitique. Dans un cycle haussier, beaucoup d’importateurs craignent des pénuries, ce qui contribue à renchérir les prix et l’enjeu peut même devenir une question de sécurité nationale. Dans un cycle baissier, les producteurs à coût important commencent à subir des pertes, et avec des flux de trésorerie négatifs, ils peuvent développer des profils de risque élevés et pâtir d’une augmentation de leurs coûts d’emprunt. Ce type de période peut cependant favoriser une accélération des fusions-acquisitions, comme nous l’avons vu ces vingt dernières années.

Parallèlement, les promoteurs immobiliers sont exposés au ralentissement des économies et aux mesures d’austérité prises par les pouvoirs publics. Ainsi les marchés immobiliers de Corée du Sud et de Thaïlande se sont nettement redressés quand les autorités sud-coréennes ont mis un terme à leurs mesures austères et que le paysage politique thaïlandais s’est stabilisé.

Mark Mobius : Vous travaillez pour le Templeton Emerging Markets Group depuis 1987. Pouvez-vous partager une anecdote sur les premiers jours de notre collaboration ? Quelles ont été vos premières impressions, et comment était votre première journée ?

Allan Lam : Je suis fier d’avoir été votre premier disciple et analyste. Je vous ai trouvé intelligent, travailleur et déterminé ! Je me souviens de vous avoir rencontré un samedi matin pour l’entretien, et vous m’avez demandé de calculer le bénéfice par action totalement dilué d’une société hongkongaise, ce qui n’est pas trop compliqué quand on est major en comptabilité. Vous m’avez appelé quelques heures plus tard et vous m’avez proposé d’être votre premier analyste. Je suis venu vous voir le lendemain matin et vous m’avez montré le prospectus de notre tout premier compartiment. J’avais très peur de devoir chercher des investisseurs pour avoir le poste, et j’ai été soulagé quand vous m’avez dit que le compartiment était déjà souscrit en totalité. J’ai pris quelques vacances avant de commencer chez Templeton, et rétrospectivement, c’était plutôt une bonne idée. Ma fonction exigeait en effet de longues heures de présence au bureau et beaucoup de déplacements pour visiter des usines, rencontrer les chefs d’entreprises, etc. À partir de là, je n’ai jamais regardé en arrière et j’ai commencé à aimer et à développer ma carrière dans l’investissement.

Mark Mobius : Vous arrive-t-il encore d’être surpris dans le cadre de votre travail ou par les marchés ?

Allan Lam : La vie est pleine de surprise, donc c’est la même chose dans la gestion de portefeuille. Six mois après être entré chez Templeton, j’ai assisté au crash du marché mondial et j’ai d’abord senti une panique extrême parmi les investisseurs en octobre 1987. Au début, notre univers d’investissement ne comptait qu’un petit nombre de marchés. Au fil des ans, j’ai vu progressivement de nouvelles places boursières s’ouvrir, des entreprises publiques se privatiser, et un développement rapide des marchés avec une participation accrue des investisseurs étrangers. Nous avons eu beaucoup de succès grâce à notre méthodologie d’investissement éprouvée. Toutefois, un placement sur les marchés émergents est volatil par nature et requiert beaucoup de patience et de rigueur. Année après année, nous avons vu de nombreuses crises éclater à travers le monde, mais les crises sont synonymes d’opportunités : c’est dans ces moments que nos capacités analytiques et notre patience sont les plus utiles et peuvent créer de la valeur ajoutée pour les investisseurs.

Mark Mobius : Parmi les conseils que vous avez reçus durant votre carrière, lesquels continuez-vous de suivre aujourd’hui ?

Allan Lam : Un jour le regretté John Templeton a dit : « acheter quand le désespoir pousse les autres à vendre et vendre lorsque les autres achètent avidement demande le plus haut degré de courage… et permet de récolter les meilleurs fruits ».

Mark Mobius : Nous avons vu sur votre profil LinkedIn que vous aimez beaucoup les trophées. Si c’est vrai (et que ce n’est pas monté de toute pièce pour faire rire pour vos amis !) quel serait le trophée que vous rêveriez de remporter ? À quoi voudriez-vous qu’il ressemble, et où le mettriez-vous ?

Allan Lam : En vérité je dirais que mon épouse Christina, que je chéris précieusement, est plus importante à mes yeux que n’importe quel trophée. Au lycée, j’étais dans l’équipe de natation et je gagnais des médailles pendant les compétitions avec d’autres établissements. J’ai comme passe-temps les échecs, discipline dans laquelle j’ai aussi remporté de nombreux trophées. Professionnellement j’ai eu la chance de recevoir de nombreux prix de la part d’agences et de magazines du secteur. Et tous ces trophées trônent fièrement chez moi, dans mon armoire dédiée.

Mark Mobius : Quels sont vos centres d’intérêts ou vos activités en dehors du travail ?

Allan Lam : Ma femme et moi aimons le golf, nous y jouons souvent pendant notre temps libre. Pour nous forcer à mieux jouer, nous avons l’intention de participer bientôt à un tournoi.

Les commentaires, les opinions et les analyses de Mark Mobius et d’Allan Lam sont personnels et fournis à titre d’information uniquement dans l’intérêt général et ne sauraient constituer un conseil d’investissement individuel, une recommandation ou une incitation à acheter, vendre ou détenir un titre ou à adopter une stratégie d’investissement particulière. Ils ne constituent pas un conseil d’ordre juridique ou fiscal. Les informations contenues dans ce document sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis, et ne constituent pas une analyse complète des évènements survenant dans les divers pays, régions ou marchés.

 Les données de tierces parties peuvent avoir été utilisées dans la préparation de ce document et Franklin Templeton Investments (« FTI ») n’a pas vérifié, validé ni audité de manière indépendante ces données. FTI décline toute responsabilité quant aux éventuelles pertes résultant de l’utilisation de ces informations et la pertinence des commentaires, analyses et opinions présents dans cet article est laissée à la seule appréciation du lecteur. Les produits, services et informations peuvent ne pas être disponibles dans toutes les juridictions et sont fournis par les sociétés affiliées de FTI et/ou leurs distributeurs, dans la mesure où la réglementation/législation locale l’autorise. Veuillez consulter votre conseiller financier pour toute information supplémentaire sur la disponibilité des produits et services dans votre juridiction.

 Quels sont les risques ?

Tout investissement comporte un risque, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. Les investissements dans des titres étrangers comportent des risques spécifiques : fluctuations de change, instabilité économique et évolution de la situation politique, par exemple. Investir dans les marchés émergents, y compris dans la sous-catégorie des marchés frontières, implique des risques accrus concernant ces mêmes facteurs, lesquels s’ajoutent aux risques liés à leur plus petite taille, à leur liquidité inférieure et à l’absence d’un cadre juridique, politique, commercial et social établi pour soutenir les marchés boursiers. Les risques liés à l’investissement dans les marchés frontières sont encore supérieurs à ceux associés aux marchés émergents en raison du développement moins avancé des structures précitées, ainsi que du potentiel de forte volatilité des prix, de la liquidité insuffisante, des barrières commerciales et des contrôles sur les taux de change.

Leave a reply

Votre e-mail ne sera pas publié. Les champs obligatoires sont marqués