Nos aventures d’investissement dans les marchés émergents

Comprendre la volatilité

Cet article est aussi disponible en : Anglais, Chinois simplifié, Néerlandais, Allemand, Italien, Espagnol, Polonais

Ces dernières semaines, les marchés ont connu une volatilité importante qui a effrayé certains investisseurs, une situation à laquelle nous sommes toutefois habitués. Dans l’ensemble, les marchés (et pas seulement émergents) sont devenus de plus en plus volatils au cours des vingt dernières années suite à l’afflux massif de liquidités de la part des investisseurs institutionnels et des fonds long-only, mais aussi des hedge funds et des sociétés pratiquant le trading à haute fréquence. Nous considérons ces dégagements comme des opportunités d’achat potentielles de certains titres bon marché, si les valorisations se révèlent assez attractives. Toutefois, nous avons constaté par le passé que ces périodes de fluctuations sont généralement de courte durée.

Pour les investisseurs à court terme, les ventes massives comme celles observées récemment sur les marchés peuvent être très inquiétantes. C’est pourquoi nous allons assister dans une certaine mesure à une sortie rapide de liquidités des actifs dits « risqués », notamment les actions émergentes. Cependant, je pense que la plupart des investisseurs à long terme ont compris qu’il fallait réfléchir avant de se lancer, étant donné qu’un rebond peut intervenir très rapidement et qu’il peut être ensuite difficile de se repositionner de manière avantageuse. À mes yeux, les arguments militant en faveur d’une approche long terme sur les marchés émergents n’ont pas considérablement changé et je n’anticipe pas d’évolution tant que ces trois thèmes perdurent : des taux de croissance au moins trois fois supérieurs à ceux des marchés développés, des réserves de change beaucoup plus abondantes et des ratios dette/PIB en moyenne moins élevés que dans les pays développés. Naturellement, il y aura des exceptions notables au vu de la variété des marchés émergents, mais nous pensons que ces facteurs fondamentaux sont de bon augure pour leurs perspectives de long terme.
Chez Templeton, nous restons fidèles à notre philosophie axée sur les actions sous-évaluées en achetant alors que le pessimisme des autres investisseurs est au plus haut. Ce n’est pas chose facile ; ces derniers mois, les marchés émergents ont fait les frais de ce pessimisme. Ces épisodes de volatilité ne sont certainement pas nouveaux pour nous, et ne modifient en rien notre conviction à long terme quant au potentiel des marchés émergents. Motivés principalement par les inquiétudes irrationnelles des investisseurs, les récents replis nous ont semblé exagérés et nous ont donné l’occasion de rechercher des titres value pour nos portefeuilles. Selon nous, les valorisations de nombreux marchés émergents et frontières sont particulièrement intéressantes à l’heure actuelle.

 

Opinion sur la Chine et l’Argentine

La Chine et l’Argentine ayant été considérés comme plus ou moins responsables de la panique qui s’est répandue dans l’ensemble des marchés émergents, j’aimerais examiner ces deux cas précis.

 

Les inquiétudes liées au rythme de la croissance chinoise ont resurgi après la récente publication des statistiques économiques. D’après moi, ceux qui critiquent le gouvernement chinois semblent vouloir à tout prix trouver quelque chose qui ne fonctionne pas dans le pays et sont totalement persuadés que la croissance ralentit. En réalité, la Chine progresse toujours à un rythme très soutenu. Le fait que la Chine réussisse à atteindre un taux de croissance de l’ordre de 6-8 % cette année constituerait un événement incroyable pour n’importe quelle économie de cette taille ; les États-Unis, le Japon et d’autres pays développés en sont malheureusement loin. Vu que l’économie chinoise progresse et poursuit sa transformation, nous ne pouvons pas raisonnablement espérer des taux de croissance à deux chiffres comme c’était le cas auparavant. Il y aura effectivement un ralentissement, mais qui reste acceptable. En dollars, la hausse du PIB est d’ailleurs très soutenue. En outre, la Chine a lancé une série de réformes importantes, avec un modèle économique qui se tourne davantage vers la consommation intérieure.

 

En ce qui concerne l’Argentine, le gouvernement a reconnu à ce jour le problème de compétitivité du peso (ARS) au taux de change officiel actuel. À la suite de la perte de près de 20 milliards de dollars de réserve, le gouvernement a décidé de prendre les mesures qui s’imposaient en dévaluant la monnaie et en assouplissant les restrictions concernant l’achat de dollars américains pour la première fois depuis la mise en place du contrôle des changes en novembre 2011. Le taux de change officiel a grimpé à 8 ARS/1 USD, contre 6,8 ARS/1 USD durant la semaine du 20 janvier, mais reste encore loin du taux pratiqué sur le marché parallèle de la devise américaine, aussi appelé taux du « dollar bleu », qui s’établissait à 13 ARS/1 USD. Le problème est que la demande d’échange du peso contre le dollar américain augmente très fortement au vu du taux d’intérêt actuel (de 20 %). Depuis que la présidente Cristina Kirchner a repris ses fonctions à la suite de son opération et des remaniements au sein de son cabinet, le gouvernement argentin a perdu 2 milliards de dollars de réserve.

 

Je pense qu’il est nécessaire de se poser plusieurs questions. L’une d’elle concerne le risque lié à la dévaluation. Nous pensons que la dévaluation de la monnaie argentine est nécessaire, mais sa mise en œuvre par le gouvernement reste contestable. Selon nous, l’un des objectifs des dirigeants devrait être la levée des restrictions sur le capital pour favoriser l’afflux d’investissements en dollars dans le pays. Les réserves de change subissent une pression considérable et je pense que le gouvernement ne peut se le permettre, à moins de réussir à convaincre les investisseurs de conserver leurs avoirs en peso. Étant donné que le taux parallèle est d’environ 13 ARS/1 USD et que les taux d’intérêts s’établissent à 20 %, le taux officiel devrait plutôt osciller autour de 10 ARS/1 USD. Si le gouvernement permet aux taux d’intérêt d’atteindre 40 %, alors le taux officiel se rapprocherait de 9 ARS/1 USD, un chiffre qui n’est pas si éloigné du niveau actuel.

 

En revanche, dans le cas où les dirigeants empêcheraient cette hausse des taux, la dévaluation ne jugulera pas la baisse des réserves et permettra tout au plus de gagner du temps. L’assouplissement timide des restrictions à l’achat de dollars américains pour les investisseurs particuliers semble viser à réduire la demande sur le marché noir, qui est à l’origine de l’écart entre les taux officiels et parallèles. Le gouvernement semble obsédé par cette différence, mais ne paraît pas prendre d’actions concrètes pour résoudre ce problème, qui, rappelons-le, a entraîné l’Argentine dans cette situation caractérisée par une mauvaise gestion budgétaire et par l’inflation qu’elle a engendrée. Cela nous amène au deuxième point : l’ajustement budgétaire. Le gouvernement a émis l’équivalent de 35 % de la base monétaire pour se financer. Certains observateurs estiment que le déficit budgétaire pourrait atteindre 5 % du PIB en 2014. Je pense que le gouvernement doit mettre un frein aux dépenses publiques et avoir le courage d’appliquer un ajustement de taux. En plus de la dévaluation, l’afflux de pesos dans le système doit être limité, à défaut de quoi les investisseurs continueront de penser que la monnaie pourrait être encore dépréciée.

Leave a reply

Votre e-mail ne sera pas publié. Les champs obligatoires sont marqués