Nos aventures d’investissement dans les marchés émergents

Le Mexique sur la voie de la réforme

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drapeau Mexicain

Beaucoup d’investisseurs fondaient de grands espoirs dans le marché mexicain cette année au vu de l’amélioration des perspectives économiques mondiales et des réformes à venir dans le pays, mais l’enthousiasme semble être un peu retombé et la croissance est restée limitée depuis le début de l’année. Je suis confiant quant à l’avenir du Mexique, même s’il y aura probablement des obstacles à court terme à mesure que les réformes sont mises en places, et pour certaines contestées. J’ai invité Rodolfo Ramos Cevallos, un membre de mon équipe basée au Mexique, à partager son point de vue concernant nos perspectives d’investissement et les opportunités potentielles que nous identifions au Mexique.

Rodolfo Ramos
Rodolfo Ramos

 

Rodolfo Ramos Cevallos, CFA®Vice-président/AnalysteTempleton Emerging Markets Group

 

 

Nous pensons que les marchés d’actions mexicains ont reflété l’euphorie suscitée par les réformes ces deux dernières années, notamment en 2012 lorsqu’Enrique Peña Nieto a remporté les élections présidentielles et dévoilé un programme de réformes ambitieux, principalement en faveur des entreprises. Son « Pacte pour le Mexique » a abouti au lancement de réformes structurelles jusqu’alors impossibles à mettre en place.

 

La plupart des observateurs s’accordent pour dire que ces réformes devraient globalement avoir un impact positif sur l’économie mexicaine à long terme. Toutefois, à court terme, certaines mesures pourraient se révéler défavorables, notamment les hausses d’impôts qui pourraient mettre un frein à la consommation le temps d’être assimilées. La réforme des télécoms devrait également avoir des conséquences négatives à court terme sur le secteur en créant des conditions potentiellement défavorables pour les opérateurs de téléphonie mobile.

 

Nous pensons que ce programme pourrait néanmoins permettre au Mexique de mettre son économie sur le chemin de la croissance et de montrer l’exemple à d’autres pays. L’opposition aux réformes de la part de certains groupes d’intérêts reste inévitable, mais la persévérance du gouvernement pourrait porter ses fruits et bénéficier à la fois à la population et aux investisseurs.

 

La libéralisation du secteur de l’énergie nous semble être le changement le plus intéressant à l’heure actuelle. Obtenir une révision de la Constitution a été l’étape la plus délicate du processus d’approbation, qui s’est achevé l’année dernière. Le congrès est actuellement en train de débattre sur la législation secondaire qui fournira, avec les normes qui seront publiées par la suite, un cadre à la mise en œuvre de la réforme.

 

Au cours des derniers mois, nous avons eu l’occasion de rencontrer plusieurs entreprises du secteur de l’énergie (entre autres) au Mexique et ailleurs en Amérique, notamment des sociétés d’exploration et de production ainsi que des organismes de régulation du secteur énergétique. Tous les acteurs de ce marché attendent impatiemment la fin du processus législatif pour pouvoir tirer parti de cette opportunité. En effet, il est clair que cette réforme pourrait constituer la plus grande avancée au Mexique depuis l’adhésion à l’accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) il y a 20 ans et nous continuerons donc à en suivre étroitement les évolutions. Si sa mise en œuvre est réussie, ce plan pourrait avoir des retombées positives sur l’ensemble de l’économie mexicaine dans les prochaines années.

 

Valorisations de marché

 

Malgré la faiblesse du marché boursier mexicain en 2014, de nombreux investisseurs sont restés relativement optimistes puisque le marché affiche une valorisation supérieure à celle de plusieurs de ses homologues en Amérique latine. À court terme toutefois, les investisseurs semblent plus prudents en ce qui concerne le calendrier du redressement économique. L’année dernière a été particulièrement difficile et l’activité économique est ressortie bien inférieure aux attentes, à cause de conditions météorologiques défavorables, de la baisse des dépenses publiques, des difficultés financières de trois grands groupes de construction immobilière mexicains et des incertitudes concernant la réforme budgétaire entre autres. La croissance du PIB s’est établie à seulement 1 %[1] en 2013. Certains investisseurs craignent que l’accélération de l’activité économique ne soit toujours pas au rendez-vous et que les chiffres de la croissance soient à nouveau décevants en 2014. Le FMI table actuellement sur une croissance du PIB de 3 % pour cette année.[2]

 

La réforme fiscale au Mexique a touché aussi bien les particuliers que les entreprises. Fin 2013 (avant sa mise en place), nous avons observé une grande inquiétude parmi les entreprises, dont beaucoup ont mis un frein à leurs investissements et à l’embauche. Aujourd’hui, alors que ces dernières sont déjà sujettes aux nouvelles règles fiscales, nous sommes plus confiants dans leur capacité à s’accommoder de taxes plus élevées. Du côté des consommateurs, les impôts indirects sur les boissons et aliments sucrés hautement caloriques (entre autres) ont eu un impact négatif, le Mexique étant l’un des pays où l’on consomme le plus de sodas dans le monde. En outre, les impôts sur les plus hauts salaires ont été augmentés. Malgré ces mesures, les dépenses de consommation devraient pouvoir remonter vers le second semestre 2014, alors que les nouvelles réglementations seront plus claires et que l’économie aura, espérons-le, rebondi.

 

Notre processus d’investissement

 

Étant donné que le Mexique est l’un des pays d’Amérique latine où la pénétration du secteur bancaire est la plus faible, les sociétés financières présentent des opportunités potentielles intéressantes. Nous pensons que le secteur pourrait être un bon moyen de s’exposer à l’économie dans son ensemble et à la hausse potentielle de la consommation. Il devrait continuer de se développer et de dégager une rentabilité attractive.

 

Nous suivons également de près le secteur minier. Même en tenant compte de la mise en place récente d’un système de redevances, nous identifions des producteurs à bas coûts de métaux précieux et de base offrant des profils intéressants en termes de croissance de la production.

 

Dans le cadre de notre processus d’investissement, nous allons à la rencontre des entreprises et des équipes dirigeantes sur le terrain. En outre, nous nous renseignons également auprès des clients, des fournisseurs, des concurrents et des autorités de régulation pour obtenir des références. Cette démarche est essentielle, notamment pour évaluer l’impact éventuel des différentes réformes, dont celles des télécoms, de la finance, du système fiscal et de l’énergie. Les sociétés avec lesquelles nous sommes en relation semblent prêtes à se confronter aux défis et opportunités amenés par ces changements réglementaires, en se focalisant sur les variables qu’elles peuvent contrôler. Nous cherchons également à identifier les entreprises qui communiquent clairement et efficacement avec les investisseurs et adoptent des bonnes pratiques en matière de gouvernance.

 

Les problèmes de sécurité sont réels au Mexique et doivent selon nous faire l’objet d’une attention continue. Il est Picture1difficile d’évaluer l’ampleur du phénomène, dans la mesure où les cartels de drogue s’en sont pris aux médias au cours de ces dernières années. Toutefois, les actes de violence sont principalement concentrés dans les villes situées près de la frontière avec les États-Unis et dans deux régions du sud-est du pays. La vie à Mexico et dans les autres grandes villes suit d’ailleurs son cours normal. Le gouvernement actuel collabore étroitement avec les États-Unis, ce qui a abouti dernièrement à l’arrestation de plusieurs leaders haut placés au sein des cartels. Bien que nous constations toujours des phénomènes de violence dans certaines régions du pays, la coopération avec les États-Unis devrait permettre de remédier au problème.

 

Le Mexique est un marché difficile car les attentes des investisseurs sont généralement élevées, mais dans le même temps, le pays affiche une croissance économique faible. Historiquement, la croissance mexicaine n’a rien d’exceptionnel et s’est établie en moyenne à moins de 3 % au cours des 20 dernières années.[3] Le gouvernement de Peña Nieto s’efforce de stimuler durablement l’économie en améliorant les structures politiques et économiques : ces changements devraient entre autres encourager l’innovation, permettre aux entrepreneurs d’accéder plus facilement au crédit, accroître la concurrence dans certains secteurs clés et rendre le système politique plus pluraliste. Nous sommes convaincus qu’au moins une partie de ces objectifs sont réalistes et que l’amélioration des conditions économiques aux États-Unis pourrait également être bénéfique. Voilà pourquoi nous sommes optimistes concernant les perspectives du Mexique à long terme.

 

CFA® et Chartered Financial Analyst® sont des marques déposées de CFA Institute.

 

 

Les commentaires, opinions et analyses du Dr Mobius et de Rodolfo Ramos Cevallos sont présentés uniquement à des fins d’information et ne doivent pas être interprétés comme des conseils d’investissement individuels ou une recommandation visant un titre ou une stratégie d’investissement particulière. Les conditions économiques et de marché étant susceptibles d’évoluer rapidement, les commentaires, opinions et analyses sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis. Les présentes ne constituent pas une analyse exhaustive de tous les aspects importants d’un pays, d’une région, d’un marché, d’un secteur, d’un investissement ou d’une stratégie.

 

Tout investissement comporte des risques, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. Les valeurs mobilières étrangères comportent des risques spécifiques, comme les fluctuations de change et les incertitudes économiques et politiques. Investir dans les marchés émergents, y compris dans la sous-catégorie des marchés frontières, implique des risques accrus concernant ces mêmes facteurs, lesquels s’ajoutent aux risques liés à leur plus petite taille, à leur liquidité inférieure et à l’absence d’un cadre juridique, politique, commercial et social établi pour soutenir les marchés boursiers. Les risques liés à l’investissement dans les marchés frontières sont encore supérieurs à ceux associés aux marchés émergents en raison du développement moins avancé des structures précitées, ainsi que du potentiel de forte volatilité des prix, de la liquidité insuffisante, des barrières commerciales et des contrôles sur les taux de change. Les taux de change peuvent varier considérablement sur de courtes périodes, ce qui peut amoindrir les performances.



[1] Source : Base de données du FMI, Perspectives de l’économie mondiale, avril 2014 © Fonds monétaire international, tous droits réservés.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

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